Le Grand Paradis – Mon premier 4000 mètres en alpinisme

L’alpinisme m’a toujours énormément attiré, mais je voulais commencer avec un sommet mythique et relativement facile. Le Grand Paradis était pour moi le parfait compromis. Les paysages avaient l’air incroyables et c’était un premier pas dans le monde de l’alpinisme.
L’idée serait de me lancer dans des courses plus longues et plus exigeantes par la suite et voir déjà si cette sortie me plairait avant d’aller plus loin.

L’AGENCE

Je suis passée par l’agence Roc Ecrins. Ils organisent des séjours en montagne un peu partout.
J’ai été très satisfaite de mon choix. Le guide était super carré. Je n’avais pas envie de négliger le sérieux de l’agence pour une sortie en alpiinisme.

13 Juillet 2020

Après une nuit de sommeil plutôt bonne, passée dans la vallée d’Aoste, je me prépare et vais au petit-déjeuner.
Je suis prête et vers 10h25, je vais me garer devant le magasin de sport au lieu de rendez-vous avec le guide et les autres participants.
Je rencontre donc le guide, Jean-Yves, et Cédric un des deux autres participants.
On part dans le magasin pour louer nos chaussures d’alpinisme (je n’avais pas envie d’en acheter pour l’instant si ça ne me plaisait pas).
Marion, la troisième participante arrive. Jeune, souriante, sportive, elle a l’air bien sympa !

Cédric nous propose de prendre sa voiture jusqu’au parking final. Du coup, nous faisons connaissances les trois avec Marion et nous nous rendons vite compte que nous allons bien nous entendre.
Ils sont jeunes, ont déjà fait pas mal de belles sorties mais c’est leur toute première sortie en alpinisme pour les deux aussi. Beaucoup de points communs !

Nous arrivons au parking et nous mangeons un bout avant d’entamer notre ascension jusqu’au refuge Emmanuel Victor.
Le temps est bon, il y a quelques nuages mais ça nous évitera d’avoir trop chaud.
Jean-Yves, notre guide, à l’air détendu, zen et plutôt cool.
La montée jusqu’au refuge se fait assez vite. Il y a 800 m de dénivelé et nous les passons à discuter.
Arrivés au refuge Victor Emmanuel, nous prenons possession de notre chambre. À cause du Covid (ou grâce), nous auront cette chambre uniquement pour nous quatre. Parfait. De toute façon, je sais d’avance que je ne vais pas dormir.

 

Nous partons aussi essayé nos crampons pour être prêts pour demain matin.
Il commence à faire frais, il faut dire que nous sommes à 2735 mètres d’altitude.
Nous partons nous promener un petit coup avec Marion, sur les hauteurs du refuge, pour tenter de voir des bouquetins. Nous n’en voyons pas mais la vue est quand même magnifique.

Cédric nous rejoint et l’heure de manger arrive vite.
Les portions sont minuscules par contre, c’est un peu limite… Aura-t-on assez d’énergie pour demain? 😅

C’est l’heure de se coucher. La nuit est bien là et les étoiles vives dans le ciel. C’est magnifique. J’espère qu’il fera beau demain !
Il y a aussi la comète en ce moment.

Je vois chaque heure défiler. J’ai écouté pas mal de musiques, lu. Mais impossible de fermer l’oeil.
Jean-Yves et Marion dorment à point fermé. Mais j’entends Cédric qui bouge aussi pas mal. Bref, je savais que je ne dormirais pas.

Mardi 14 Juillet 2020

3h arrive enfin, et le réveil sonne ! J’ai somnolé la dernière demie-heure, mais je me lève en une fraction de seconde. Nous nous préparons et partons vite au petit déjeuner.

On s’arme de nos piolets, casques, baudriers, crampons et vers 4h du matin, nous partons dans la nuit à la lueur de nos frontales. J’adore cette ambiance, magique.
Nous montons petit à petit et nous arrivons sur la neige. Il ne fait pas si froid finalement.
Nous mettons nos crampons un peu plus haut et nous continuons notre ascension en silence.

 

Le soleil commence gentiment à arriver derrière les montagnes… quel spectacle.

Je vois les nuages monter, mais je croise le doigts pour qu’ils n’atteignent pas les 4000 m d’altitude aujourd’hui. C’est magnifique cette mer de nuages.
Le Mont Blanc apparaît 😍

Jean-Yves nous encorde. Les choses sérieuses commencent.
Je suis en fin de cordée et cela me va parfaitement. Chacun dans sa bulle, nous continuons l’ascension, toujours en silence.

Mes crampons commencent à partir et je me souviens que Jean-Yves avait dit « quand il faut commencer à s’arrêter toutes les 2 min parce que les crampons ne sont pas assez serrés, c’est chiant! »… oups. Du coup nous devons nous arrêter et je resserre tout.
J’ai un peu le souffle court en repartant, car les autres ont pris le temps de manger pendant que je remettais mes crampons, mais moi non. J’essaye d’avaler une barre en marchant, mais je mets beaucoup de temps, surtout que la barre est gelée avec le froid 😅.

Le rythme est assez élevé et Marion demande à baisser un peu. Je suis reconnaissante car j’étais à l’arrière en train de subir la vitesse et ça va faire du bien de ralentir un peu, surtout que le mur devant nous à l’air bien pentu.

Aujourd’hui, il y a la tentative de record sur le Grand Paradis en Trail. Du coup des traileurs qui passent à fond la caisse, nous doublent, impressionnants les gars !
Par contre, il y en a un qui nous passe vers la corde et là, notre s’énerve.
Pour le coup, je suis clairement d’accord avec lui,  La sécurité avant-tout. En tombant, il aurait pu tous nous embarquer.

Après, c’est sur que j’admire les traileurs qui sont capable de faire ça en courant, mais là aujourd’hui, c’est presque un peu embêtant de les avoir qui courent, nous devons nous décaler, au sommet il faut les laisser passer pour leur « performance »… Mais la montagne est à tout le monde.
Heureusement que nous sommes en semaine et qu’il n’y a pas trop de gens aujourd’hui.

Nous arrivons petit à petit au bout final. Celui qui est stressant, celui qui donne toute la dimension à ce sommet.
Ce dernier bout est une barre rocheuse qu’il faut continuer à escalader, encordés. Vu de loin, ça n’a pas l’air si terrible, mais ce que l’on ne voit pas, c’est que de l’autre côté il y a un vide énorme.

Les crampons, pour moi, c’était une vraie catastrophe sur ce genre de terrain.
J’avais l’impression d’avoir des patins à glace sur un rocher : horrible. Une sensation d’instabilité. Si ça n’avait tenu qu’à moi, j’aurais enlevé ces crampons, j’aurais beaucoup moins stressée et me serais bien plus amusée.
Au début l’escalade est facile. Et plus on monte, plus ça commence à être un peu plus technique.
Il y a surtout une corniche à passer (la fameuse) qui me fait clairement me dépasser.
Je mets mon cerveau sur Off.
J’entends le guide dire à Cédric « Je sens que t’es pas bien là… ». Il a le vertige et il est en train de lutter.

Dans ma tête, je me dis que si je tombe, j’embarque les 3 autres dans ma chute (j’avais pas compris qu’on ne risquait pas grand chose au final).
Je passe enfin la corniche mais j’ai bien senti le vide.

Je m’accroche tant bien que mal à la paroi et enfin, j’arrive sur le rocher final. Encore quelques mètres et la Madonne est là !
Wouha ! Nous y sommes ! Au Grand Paradis, à 4061m d’altitude !

La vue est encore plus belle que ce que j’avais pu imaginer. Les nuages apportent une dimension folle.

Nous profitons quelques instants en savourant avant de reprendre le chemin inverse.
C’est à moi de passer en premier, car j’étais la dernière de cordée.

Le premier rocher à désescalader est un peu compliqué. Avec ces crampons je ne me sens vraiment pas à l’aise et j’ai l’impression que si je saute sur le rocher plus bas, je vais glisser et finir dans le vide.
Je remets mon cerveau sur Off pour passer la corniche. J’ai le cœur qui bat assez vite 😅 mais tout se passe bien.
On continue la descente des rochers pour finalement revenir sur la neige (ça fait du bien).

Jean-Yves me laisse devant pour donner le rythme de la descente et je trace. Car la descente, c’est quand même le pire pour moi. J’ai toujours trouvé que c’était le plus long.
Je demande aux autres si ça leur va, tout le monde est ok pour descendre vite. Parfait.
Je cours presque.

La descente est effectivement longue : 1300 m de dénivelé, sur le même trajet de la montée, avec une ampoule qui me fais vraiment mal mais ça en valait clairement la peine !
Et enfin, on arrive proche du refuge. On voit des bouquetins ! La cerise sur le gâteau !

Nous arrivons au refuge, nous nous changeons et mangeons un bout avant de redescendre, sans le guide, dans la vallée. 
Jean-Yves a d’autres clients sur le Grand Paradis et va rester là ce soir.

Nous redescendons tous les trois en se remémorant notre périple. On rigole vraiment bien en repensant à tout ce qui s’est passé ! Les 800 mètres de dénivelé passent plus vite.

En se séparant, on se promet de se revoir pour tenter le Mont Blanc ensemble 😍
Jean-Yves nous a dit qu’on avait largement le potentiel et ça nous met un peu en confiance.

Je ne me sens pas trop fatiguée bizarrement, du coup je décide d’annuler ma chambre d’hôtel de ce soir pour rentrer directement à la maison.

Je reprends ma voiture et me dirige vers le magasin de sport pour rendre mes chaussures et celles de Cédric (il ne repassait pas par là), et me voilà repartit par mes tunnels pour rentrer à la maison, des souvenirs pleins la tête, deux nouveaux copains et fière de ma première expérience en alpinisme !